Laisser son bateau aux Antilles en été

Azymuthe au mouillage à Clarke’s Court – Grenade

Comme la majorité des plaisanciers, lorsque nous rentrons en Europe pour la saison estivale, il convient de trouver un endroit où laisser le bateau en sécurité. Sécurité cyclonique, s’entend. Là commence le parcours du combattant et quelques journées le nez sur l’écran de l’ordinateur afin de dénicher LE bon plan. Erreur de débutant à ne pas commettre, demander autour de soi si vos amis et connaissances auraient un lieu idyllique à vous proposer. Dès lors, vous vous retrouvez à jongler avec des dizaines de « bons plans », du Venezuela à la Guadeloupe en passant par le retour en Europe, histoire de réduire ce fameux risque cyclonique à zéro. Le cyclone est le cauchemar définitif du plaisancier qui tient à son embarcation. J’aurais le plaisir de partager avec vous —dans un billet ultérieur— les affres de l’inquiétude météo à distance.

Pas envie de retrouver Azymuthe dans cet état…

Au printemps 2016, je suis encore dans le froid calcul statistique afin de trouver LE plan à 100% sûr pour abriter Azymuthe. Etude poussée des trajectoires de cyclones aux Antilles depuis un siècle, probabilités que telle ou telle zone soit touchée ou épargnée, lecture attentive des spécialistes avérés ou auto-proclamés des systèmes cycloniques, demandes compulsives dans l’entourage immédiat des vieux briscards-à-qui-on-ne-la-fait-pas-et-qui-savent, bref, après une semaine j’ai le sentiment d’avoir autant avancé dans mes recherches que l’alpiniste bloqué au camp de base a progressé dans sa tentative d’ascension de l’Everest. Seule certitude, à moins d’avoir une couverture d’assurance en béton armé, de vouloir changer de bateau et de perdre un à deux ans de navigation, tout le nord de l’archipel antillais à partir de la Guadeloupe est à proscrire absolument. Aller estiver son bateau à Antigua, St-Martin ou n’importe quelle île du nord revient à vouloir jouer à la roulette russe avec un automatique.

Après le passage d’Irma !

Bien, reste alors le sud de l’archipel à partir de la Martinique. Cette dernière offre quelques possibilités au Marin ou à Fort-de-France, mais les places sont chères, dans tous les sens du terme. Au tarif demandé, il est presque moins cher de faire convoyer son bateau en Europe et retour que de payer une place de stationnement à terre. La demande est telle que les prix ont subi une inflation similaire à ceux du Venezuela après l’élection de Chavez. Ste-Lucie présente l’avantage de la proximité immédiate avec la Martinique et de ses liaisons maritimes rapides entre les deux îles. Inconvénient, Ste-Lucie n’est pas dans la zone vraiment sûre du risque cyclonique et le bateau doit rester dans l’eau à Rodney Bay au nord de l’île. Les autres îles sont inintéressantes, soit à cause de l’absence de liaisons maritimes ou aériennes avec les deux îles françaises, soit à cause de l’absence de sécurité du bateau et de son équipement. A relever que les vols entre l’Europe et les îles anglophones sont bien plus chers et obligent à passer par Londres avec changement d’aéroport pour rejoindre soit la Suisse, soit la France.

Azymuthe bien à l’abri à Clarke’s Court Boatyard

Reste l’extrême sud de l’archipel ou encore Trinidad et le Venezuela. Ces deux dernières destinations sont presque imbattables en terme de tarif et le risque cyclonique y est inexistant, mais s’y rendre seul fait courir le risque de piraterie et le taux d’humidité régnant là-bas exige un déshumidificateur dans le bateau en permanence, sauf à vouloir le retrouver aussi vert que Sarkozy après un article de Mediapart sur le financement de sa campagne électorale. Se repose également le problème des liaisons aériennes vers l’Europe.

En fait, il ne reste que Grenade où le risque cyclonique était considéré comme inexistant jusqu’à Ivan en 2004. On peut laisser son bateau à terre en toute sécurité à un tarif raisonnable et sous surveillance. Ce sera mon choix de l’été 2016. Choix que nous ne referons pas en 2017 et que nous regretterons, mais c’est une autre histoire que je partagerais avec vous dans un billet dédié. De plus, Grenade est île du sourire, de la gentillesse et de l’accueil. Seul bémol, il est obligatoire de passer par Londres et les tarifs sont deux fois plus élevés que depuis les îles françaises. Et un retour avec escale à la Barbade, sans aucune garantie de pouvoir trouver une correspondance pour Grenade, la fiabilité des horaires et l’entretien des avions à hélice de LIAT étant aussi élevés que ceux des taxis-brousse africains dans les années 50.


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