De l’importance de contrôler son gréement

Ensuite des émotions liées à la perte de notre ancre, nous demandons à notre ami Romain, excellent gréeur professionnel, de terminer le contrôle de notre gréement. Nous avions prévu de le faire en mai 2018, mais faute de temps et à cause d’une météo exécrable, nous avions reporté ce contrôle du grand mât, l’artimon étant en parfait état avec un patara neuf que nous avions changé à cause des dégâts dûs au cyclone Maria. Depuis lors, cinq mois ont passé, mais la météo ne veut toujours pas nous offrir une accalmie, à croire qu’Éole nous a dans le nez. Après deux jours à nous occuper au sec dans le carré, le jour se lève enfin sur un ciel bleu, un beau soleil et un alizé qui est redescendu sous les 10 noeuds. Allô, Romain, tu fais quelque chose de particulier aujourd’hui ? Non, je bois un café et j’arrive. Parfait, merci beaucoup.

Romain grimpe au mât, vérifie tout et redescend avec de mauvaises nouvelles. Notre première barre de flèche tribord est pliée ! Voilà quelque chose de peu habituel. Nous n’avons pas besoin de chercher très longtemps pour comprendre que c’est encore une conséquence de Maria. Azymuthe était apponté à Rivière Sens pendant le passage du cyclone et nous avions appris, par des témoins que les bateaux avaient énormément bougé dans les rafales à 300 km/h, se frottant les uns aux autres. Clairement, notre barre de flèche a été endommagée à cette occasion, tapant sans doute dans le gréement de notre voisin. Oui, mais Véronique était montée au mât, avait procédé à une vérification sommaire et n’avait rien vu de particulier. Puis, au Marin, deux mois plus tard, nous avons changé nos feux de navigation en tête de mât et là aussi, Véronique, puis notre ami électricien Jean ont a nouveau joué les acrobates et tout semblait normal. Enfin, Romain lui même me dit que c’est bizarre, vu que nous étions juste derrière lui sur le chantier à Carriacou et qu’il aurait dû voir cette pliure de la barre de flèche depuis son bateau, pliure qui est maintenant parfaitement visible. Quand on regarde le gréement, on ne voit d’ailleurs plus que ça. Seule explication plausible, le pli initial était tellement infime qu’on ne le percevait pas. Avec le temps et les tensions qui s’exercent sur cette barre de flèche, particulièrement en navigation toutes voiles dehors, le phénomène s’est progressivement accentué jusqu’à devenir bien visible, même depuis le pont. Il faut savoir que c’est l’ensemble des câbles et des barres de flèche qui assure le bon maintien et la rigidité du mât. Le moindre problème sur l’un ou l’autre de ces éléments peut se voir sanctionner par la chute du mât. Et voir son mât dégringoler est le premier cauchemar du plaisancier, à égalité avec le risque de croiser une vague scélérate en navigation.

Y’a comme un problème…

Rétrospectivement, j’ai quelques sueurs froides. Depuis Rivière Sens, en novembre 2017, on a pas mal navigué. Descente aux Saintes, puis au Marin. Après le changement du moteur en janvier 2018, on est parti à Carriacou dans des conditions bien musclées avec des 35 noeuds de vent au léger portant dans les canaux. Le bateau s’est régalé, moi aussi, Véronique un peu moins parce que ça secouait pas mal. Puis, après les trois mois passés sur le chantier, on est remonté au Marin, puis en Guadeloupe, puis redescendu à Grenade avec notre gréement sérieusement blessé. Silence. Je regarde Romain qui répond à ma question muette : oui, pendant toutes ces navigations, tu aurais pu démâter n’importe quand… A côté de ça, la perte de l’ancre, trois jours plus tôt ressemble à une gentille plaisanterie. Poséidon (ou Neptune pour les latinistes) veillait sur nous. Et finalement, Éole nous a plutôt à la bonne, non ?

Ci-dessous, des images de l’intervention de Romain. Ça a l’air simple, mais ça ne l’est pas. Entre les fadas qui sillonnent le mouillage à fond en faisant des vagues et donc bouger le bateau, les grains et les outils/matériel qu’il ne faut surtout pas laisser tomber, ce boulot demande adresse, équilibre et une concentration olympique !

Bien, nous sommes à Carriacou et les barres de flèche ne courent pas les rues. De toute façon, pas question de refaire un mille sans avoir réparé. Nous prenons contact avec Alban, responsable de l’antenne Amel en Martinique et qui est d’une compétence, d’une gentillesse et d’une disponibilité qu’on aimerait voir plus souvent dans les entreprises qui offrent leurs services au Marin. Il nous informe que non, il n’a pas de barre de flèche en stock et qu’en cas de besoin, ces pièces sont réalisées sur mesure par des artisans. Même au siège de La Rochelle, il n’y a rien. Heureusement pour nous, un Français spécialisé dans l’inox et l’alu s’est installé à Carriacou depuis des années et a monté un atelier flottant sur un vieux trimaran désarmé et ancré dans la baie. Romain démonte la barre de flèche et nous allons, la bouche en coeur, voir Dominique s’il peut faire quelque chose et surtout s’il a le temps de le faire rapidement. Oui, il peut essayer et oui, il a justement un peu de temps libre. Nous sommes vernis. Quatre heures plus tard, nous voilà de retour sur Azymuthe avec une barre de flèche redressée et renforcée. Esthétiquement, ce n’est pas très beau, mais comme la réparation est située sur le dessus de la barre, il faut monter au mât pour voir quelque chose. Et franchement, dans notre situation, l’esthétique est le dernier de mes soucis. Alors que je nous voyais bloqué à Carriacou pendant des semaines ou des mois, en fin de journée, tout est remonté et Azymuthe prêt à de nouvelles aventures. La nuit tombe sur le mouillage, c’est parfait, c’est justement l’heure de l’apéro.

Incitation à l’apéro

Accessoirement, l’attache de l’étai volant à la hauteur de la deuxième barre de flèche est non seulement cuite, mais elle a été réalisée avec du cordage d’amarre… B’en quoi, c’est solide une amarre, non ? Oui, c’est solide, mais c’est prévu pour travailler en tension souple et elle présente une certaine élasticité. Pas vraiment la panacée quand il faut étarquer l’étai volant au maximum pour hisser la trinquette. Voilà, je comprends mieux pourquoi je n’avais jamais pu obtenir une bonne tension sur cet étai. Vu l’âge et l’état de cet étai volant, nous prenons la décision de le changer et de fixer le nouveau au moyen d’une double patte rivetée directement dans le mât. Mais comme il n’y a pas moyen de trouver facilement ces pièces à Carriacou, ça attendra notre retour au Marin. Là, nous voulons rapidement monter en Guadeloupe afin de, pour moi, réaliser un vieux rêve d’ado, assister en direct à l’arrivée de la Route du Rhum. Mais ça, c’est une autre histoire. Et avant le Rhum, nous allons nous arrêter quelques jours à Moustique pour nous remettre de nos émotions. Moralité, il est vital de régulièrement contrôler ou faire contrôler son gréement. Au moins une fois par année, et par un professionnel, si possible. Ah, et à part ça, notre gréement est en très bon état. Rien d’autre à changer. Ça fait du bien, une bonne nouvelle, après toutes ces émotions. Et surtout, je profite d’adresser un énorme remerciement à Romain. Sans toi, je ne sais pas ce que j’aurais fait.

Ci-dessous, des images de l’attache de l’étai volant. C’est tellement cuit qu’on se demande comment ça a tenu.


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